100%ACTU | Comment mieux prendre en charge la santé des personnes sans domicile ?

Repérage de pratiques innovantes | l'Agence Nouvelle des solidarités Actives et la Direction générale de la Cohésion Sociale repèrent les LHSS Regain Adages

  • Le projet en quelques lignes

    « C’est une présence médicale et paramédicale sur une dizaine de sites des opérateurs de Montpellier participant à la veille sociale et inscrits dans l’action, la possibilité pour toute personne en difficulté de santé, à la rue ou hébergée temporairement, de rencontrer l’équipe mobile des infirmiers pour un soutien, un accompagnement ciblé et une aide relationnelle et psychologique. »

    Les constats de départ

    « Le projet a été financé par la DDASS de l’époque » explique Claire Pollart directrice du CHRS Regain, qui est en charge de l’Équipe mobile de santé globale. « Il y avait l’Équipe Mobile Psychiatrie, et l’équipe mobile addictions-CAARUD ». L’idée de l’équipe mobile de santé globale était d’aborder les problématiques de santé dans leur globalité.
    L’équipe est dans une démarche d’aller vers les personnes en difficulté de santé n’ayant plus ou pas le désir et la capacité de demander de l’aide, quel que soit le lieu où elles se trouvent.

    Public cible

    Des personnes en situation d’urgence sociale et/ou de difficulté de santé (accueil de jour, hébergement d’urgence, etc.) mais aussi des personnes déjà hébergées en centre de stabilisation ou d’insertion en difficulté de santé. Les principales pathologies rencontrées sont : les problèmes psychiques (anxiété sévère, souffrance, maladie), les problèmes d’addictions et les maladies chroniques (diabète, affections cardiovasculaires, gastroentériques, etc.). Un important travail est mené pour développer la prévention (dépistage, évaluation santé) et l’accompagnement vers
    l’accès aux soins.

    Objectifs

    Les personnes reprennent ou entament une démarche de soin, soit par une aide et un accompagnement spécialisé, soit à partir d’une information et d’une animation de groupe ciblées sur des thèmes récurrents de santé publique.

    Les modalités du projet

    L’équipe mobile de santé globale est composée de 1,5 équivalent temps plein (ETP) partagé entre 4 infirmiers, et d’un tiers d’ETP de médecin-psychanalyste. L’action des infirmiers se centre autour de 12 permanences par semaine, chacune sur un lieu différent – essentiellement des centres d’hébergement. Lors de ces permanences, les infirmiers proposent des bilans de santés, des soins primaires, du dépistage et des orientations ou la mise en relation avec des réseaux humanitaires de soins gratuits, de praticiens sensibilisés de la médecine libérale ou de l’hôpital.
    La coordination entre les différents médecins, la cohérence entre les démarches de soins est aussi importante. Plus globalement, « les infirmières ouvrent un espace où les personnes peuvent parler de leurs problèmes de santé » souligne Claire Pollart. Ainsi, les infirmiers offrent leur aide et une écoute favorable à l’élaboration ou à la
    reprise d’un projet de soins. « Le cadre des permanences est défini dans une convention passée avec chaque structure, définissant les objectifs, les temps de permanence, etc. » précise Claire Pollart.

    En plus des permanences, les infirmiers aident les travailleurs sociaux des structures à prendre en compte des problèmes de santé des personnes hébergées. Cet appui se traduit par des réunions de synthèse sur les situations des personnes hébergées, mais également par des échanges téléphoniques en cas de besoin.
    Initialement, le médecin psychanalyste a porté un soutien aux infirmiers sur les souffrances psychiques des personnes rencontrées. Depuis plusieurs années elle a développé d’autres actions dans les structures d’hébergement. Premièrement, elle apporte de l’aide directe aux personnes hébergées, par exemple sous forme d’entretiens de soutien. Deuxièmement, elle apporte un soutien aux professionnels des structures sur l’accompagnement des personnes ayant des troubles psychiques. Troisièmement, elle met en place des actions collectives, allant d’un projet
    de théâtre forum à l’élaboration d’un film sur la santé et la précarité. Ses interventions portent principalement sur les problématiques psychologiques et non pas psychiatriques.

  • Au cours des années, l’équipe a construit des partenariats opérationnels favorisant
    le recours aux droits de santé et aux soins :

    • chaque infirmier effectue des permanences dans 2 à 3 structures. « Le fait d’aller là où est le public permet de s’adapter – les infirmiers vont avoir un carnet d’adresses adapté au public accueilli » constate Claire Pollart. « Ils mettent en place des partenariats adaptés au public, par exemple avec la PMI pour les mères isolées » ;
    • pour accélérer l’ouverture des droits à la santé, l’équipe a signé des conventions avec la CPAM. « Ça marchait très bien, les dossiers étaient faits en une semaine » souligne Claire Pollart ;
    • afin de favoriser les recours aux soins, l’équipe a également signé des conventions partenariales avec la PASS et Médecin du Monde, qui dispensent des consultations gratuites.
      Plus globalement, l’équipe de santé globale participe aussi aux réunions santésocial animées par le collectif montpelliérain santé-précarité. Cette équipe a aussi co-porté un diagnostic santé-précarité en s’impliquant au sein du sous-groupe santé du SIAO, veille sociale, urgence, insertion.Résultats du projet
    • L’équipe n’a pas fait l’objet d’une évaluation externe. Cependant, l’équipe dispose des données de suivi. En 2014, l’équipe a rencontré 617 et dispensé 1 798 entretiens. Selon Claire Pollart « l’équipe aide à réduire le recours aux services d’urgence et favorise le recours aux soins de droit commun ».
      Aspects innovants
      Claire Pollart souligne trois aspects innovants du dispositif :
    • « La prise en charge de toutes les problématiques de santé – sauf des troubles psychiatriques, qui sont pris en charge par l’UMIPPP, antenne mobile de psychiatrie.
    • La spécialisation de chaque infirmier sur des structures, et donc des publics, ce qui facilite la création de multiples partenariats autour des besoins spécifiques des publics (violences conjugales, migrants, sortants de prison, jeunes, personnes isolées, familles, maîtrise de la langue française, etc.).
    • La régularité des permanences, des mêmes infirmières sur les mêmes structures, ce qui favorise le développement des liens de confiance entre l’infirmière et les personnes concernées, les travailleurs sociaux ainsi que les partenaires autour de l’établissement. »
      Les difficultés rencontrées
    • Selon Claire Pollart, l’équipe rencontrée peine à accompagner certains publics vers les soins : « D’une part, il y a les personnes sans réels droits, ou avec des droits minorés. D’autre part, il y a des personnes qui cochent plusieurs cases, par exemple une personne vieillissante, handicapée avec une addiction (qui relève a priori des SAMSAH- SAVS, Ehpad, etc.) : cela rend l’orientation difficile. »
    • Les moyens de l’équipe sont également insuffisants pour subvenir aux besoins selon Claire Pollart : « On ne peut pas répondre à toutes les demandes pour la métropole de Montpellier. En plus on aimerait asseoir une meilleure présence dans les structures sur lesquelles on intervient déjà. Donc on demande le doublement d’effectifs. »