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La famille face à la révolution numérique | CONFERENCE DE SERGE TISSERON

“Laisser faire ce qu’il veut à l’enfant qui n’a pas développé sa volonté, c’est trahir le sens de la liberté”

  • M.Serge TISSERON a entretenu l’auditoire sur les bouleversements liés à l’introduction du numérique dans la vie familiale et dans la vie scolaire.

    Après une brève introduction sur la culture numérique, Serge TISSERON présente la révolution numérique comme un relai d’un certain nombres de capacités mentales, notamment les capacités narratives et visio-spatiales, à travers les écrans. Il pose ainsi la révolution numérique comme un changement phénoménologique impliquant un choix. La question de l’apprentissage apparaît centrale, et le conférencier réfute l’argument opposant des « digital natives¹ » aux « digital immigrants² ». Il établit un parallèle entre la culture du livre, qui est celle de l’« Un », et la culture des écrans qui est une culture du « Multiple ». Dans un cas, il s’agit d’assimilation, et dans l’autre d’accommodation et d’innovation. La pensée linéaire du livre laisse place à une pensée spatialisée dans le cas du numérique. Loin d’opposer ces deux formes d’intelligence, Serge TISSERON insiste sur l’importance de la narration et propose la « classe inversée » où les enfants vont chercher des informations sur Internet et les retransmettent à l’ensemble de la classe.

    Face à un auditoire composé essentiellement de professionnels de l’enfance, S.Tisseron relève l’importance de poser des repères corporels et temporels pour un bon fonctionnement de l’intelligence visio-spatiale. C’est pour cela qu’il propose la règle du « 3-6-9-12 » qui fixe des seuils d’âge en matière d’utilisation des écrans, des consoles de jeu, d’internet et des réseaux sociaux.

    S’agissant des réseaux sociaux, M. Serge TISSERON pose le principe de « force des liens faibles ». Les liens faibles représentent l’ensemble des personnes avec lesquelles nous avons des relations occasionnelles. Les individus avec qui nous sommes faiblement lié ont plus de chances d’évoluer dans des cercles différents du nôtre et ont donc accès à des informations différentes de celles que l’on reçoit. Ce sont ces personnes qui peuvent le plus nous aider.

    Elles sont en capacité de nous informer sur des opportunités que nous n’aurions pu déceler sans elles. C’est la richesse et la puissance des liens faibles que de permettre l’accès à d’autres informations que celles dont disposent nos proches (qui sont souvent déjà en notre possession).

    Les liens faibles s’opposent aux liens forts.
    On peut définir nos relations avec les personnes de notre famille, nos amis, nos collègues et tous ceux que nous voyons régulièrement comme liens forts.

    L’animation de M. Serge TISSERON sous forme de questions-réponses permet une grande interaction entre le conférencier et l’ensemble de l’auditoire. Ainsi, des aspects très spécifiques ont pu être abordés notamment ceux portant sur les réserves des professionnels et des parents face à l’importance du numérique au sein de la famille et dans le cadre scolaire.

    S. TISSERON conclut par une citation de Maria Montessori : « Laisser faire ce qu’il veut à l’enfant qui n’a pas développé sa volonté, c’est trahir le sens de la liberté ».

    ¹ – Personnes nées dans les années 1960-70, elles ont grandi avec les objets analogiques tels que le téléphone fixe, la télévision mais néanmoins ces individus s’adaptent aux innovations technologiques, avec toujours quelques réflexes analogiques.

    ² – Enfants ayant grandi avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication. On peut les opposer aux personnes dites « immigrantes », qui sont des individus d’un certain âge, habitués au format papier et qui doivent se familiariser au numérique, notamment en utilisant des outils informatiques.