Neuf résidents de l’Archipel de Massane ont vécu un baptême de l’air inoubliable avec l’aéro-club de Montpellier. Une belle aventure humaine en images !
Présenté en avant-première ce lundi 21 septembre devant une salle comble et émue, le documentaire « Cap vers Merzouga » est désormais accessible à tous en ligne. Ce film retrace l’aventure de sept jeunes accompagnés par le DITEP Bourneville de l’Adages. Huit jours d’immersion entre Ouarzazate, les palmeraies de Tinghir et les sables de l’Erg Chebbi. Récit d’une traversée où le dépaysement bouscule les certitudes et fait grandir chacun.
Prendre la route, ce n’est pas fuir le quotidien. C’est déplacer les lignes. En mai dernier, sept adolescents du Dispositif intégré thérapeutique, éducatif et pédagogique (DITEP) Bourneville, basé à Montpellier, ont troqué leurs repères habituels contre la poussière des pistes marocaines. Derrière eux, les difficultés d’apprentissage et les troubles du comportement qui entravent parfois leur scolarité et leurs relations aux autres. Devant eux, l’inconnu total.
Ce projet ne s’est pas improvisé. Il a demandé de longs mois de préparation, une mobilisation collective sans faille, des financements à décrocher et des obstacles à franchir. Mais ce lundi 21 septembre, lors de la projection officielle, un constat s'est imposé avec une forme d'évidence : cette traversée a transformé le regard des jeunes sur le monde, et le regard des adultes sur ces jeunes. Que vous ayez manqué l’avant-première ou que vous souhaitiez revivre ces instants, le film est aujourd’hui disponible en accès libre.
Le voyage commence bien avant les sables sahariens. Il débute dans le parking de l’établissement, à Montpellier, autour de deux minibus blancs floqués au logo de l’Adages. Les sacs à dos sont bouclés, les consignes distillées. Le directeur adjoint du DITEP Bourneville, prend la parole au milieu de la salle commune :
À l’aéroport, l’excitation se mêle à une pointe d'appréhension bien légitime. Sur les sept garçons du groupe, six n'ont jamais posé le pied dans un avion. Devant le tableau d’affichage des départs, Djulian scrute la ligne de son vol. Le sac rose fluo bien arrimé sur les épaules, il avoue son petit nœud à l'estomac :
« Ça fait toujours un petit truc d'être là, devant l'aéroport. On se demande comment ça va être là-haut. »
« J'ai pas trop peur, mais un petit peu quand même. On m'a dit que c'était normal pour une première fois. »
Quelques minutes plus tard, l’appareil prend de la vitesse sur le tarmac et s’arrache du sol. À bord, Nelson regarde par le hublot, partagé entre le vertige et la stupéfaction :
Dès les premières heures de vol, le cadre institutionnel s’efface derrière la réalité du voyage. Le groupe fait corps.
Atterrissage à Ouarzazate. L’air chaud du Sud marocain accueille la petite troupe. Dès le lendemain, les deux véhicules s'engagent vers le ksar d’Aït Ben Haddou, célèbre forteresse de terre ocre classée au patrimoine mondial.
Au milieu des ruelles étroites et des étals chamarrés, les adolescents découvrent une autre temporalité. Yanis avance les yeux grands ouverts : « C’est un truc que je n'avais jamais fait. Découvrir de nouvelles coutumes, des plats, des traditions… C’est exceptionnel. »
La rencontre avec les artisans locaux brise immédiatement la glace. Dans une boutique d'orfèvrerie traditionnelle, le commerçant initie les jeunes aux secrets des fibules et des bijoux berbères. Les traits s’adoucissent, les sourires s’élargissent. Autour d'une table basse encombrée d'objets martelés, l'homme lance une devinette locale :
« Comment sort un dromadaire d’une grande piscine ? »
Silence perplexe autour de la table. Les adolescents cherchent une explication technique...
« Il sort mouillé ! » conclut l’artisan dans un grand éclat de rire. L'assistance explose de rire. L'humour partagé crée une passerelle immédiate, au-delà des langues et des origines.
Sur le toit d’une bâtisse en pisé surplombant la palmeraie, Simon Delmas, chef de service au DITEP Bourneville et cheville ouvrière du projet, mesure le chemin parcouru :
« C’était une idée un peu folle au départ. Il a fallu convaincre notre direction, trouver les financeurs, lancer des appels à projets et une collecte participative. Partir avec sept jeunes à l’étranger a un coût, mais l’enjeu éducatif justifiait chaque effort. Nous avons travaillé main dans la main avec les équipes thérapeutiques, éducatives et pédagogiques. Regardez-les aujourd’hui : ils sont là, curieux, présents, vivants. »
Le périple se poursuit vers Tinghir. Accompagné par Nasser, un habitant de la ville, le groupe arpente l’ancien quartier juif. Les murs épais en terre battue retiennent la fraîcheur sans un seul gramme de ciment. Les jeunes touchent la matière, questionnent la solidité des édifices. Ils constatent qu'une autre manière de bâtir existe, sobre et adaptée à la rigueur du climat.
Puis vient l’immersion dans la palmeraie avec Louise Debusscher, ingénieure en environnement. Sous l’ombre dense des oliviers et des palmiers dattiers, Louise explique le système ancestral des séguias : ces canaux à ciel ouvert où l'eau circule à tour de rôle d'une parcelle à l'autre selon des règles communautaires strictes.
Ici, l'eau n'est pas un concept abstrait. Elle conditionne la survie des récoltes de blé, de luzerne et d'olives qui nourrissent les familles toute l'année. Les règles de partage sont ancestrales et respectées par tous.
« Pour moi, une oasis, c’était une île imaginaire au milieu de la mer avec deux cocotiers, ou alors la boisson aux fruits ! Je ne savais pas du tout que des gens vivaient de ça, que leurs cultures dépendaient entièrement de ces petits canaux. »
« Elle nous a expliqué qu'il n'avait pas plu pendant deux ans. En France, on ouvre le robinet et l’eau coule toute seule sans qu'on y pense. Ici, ils doivent économiser chaque goutte pour les bêtes et les champs, ou faire des kilomètres pour trouver de l’eau potable. Ça fait vraiment réfléchir à ce qu’on gaspille. »
Parler d’écologie et de solidarité prend tout son sens lorsque la réalité se touche du doigt. Loin des leçons théoriques en classe, le terrain offre un apprentissage direct de la dignité et de l'effort des hommes face aux éléments.
La route s'enfonce ensuite entre les vertigineuses parois rocheuses des gorges de Todgha. Sous des falaises abruptes de plusieurs centaines de mètres, les adolescents marchent côte à côte, coiffés de leurs chèches indigo ou rouge noués par Séverine Jéséquel, éducatrice spécialisée.
Au bord de l'oued, les troupeaux de chèvres s'abreuvent. Aux étals des marchands, les jeunes négocient des maillots de football avec malice. Djulian maîtrise parfaitement les codes du marchandage appris en famille et guide ses camarades dans la bonne humeur. Les barrières tombent, les maladresses s’effacent, laissant place à une solidarité active.
« Vivre ça avec les collègues et avec les jeunes, c’est un rêve professionnel. Dès les premiers kilomètres, on sent les émotions monter. Les paysages sont grandioses, mais ce sont surtout les liens entre nous qui se resserrent d’une façon impossible à reproduire dans les murs de l'établissement. »
Dans l'habitacle du minibus qui traverse des plaines rocailleuses de plus en plus arides, la musique tourne à fond. Les voix s’unissent pour chanter à tue-tête. Les kilomètres défilent, les visages s’illuminent.
Puis, la piste cède la place à l’immensité : l’Erg Chebbi et ses dunes dorées s'étendant à perte de vue. Merzouga marque le point culminant du voyage.
Ici, plus aucun parasite sonore. Le silence impose une présence absolue. Dès leur arrivée, les adolescents s'élancent à l'assaut des crêtes de sable. Ils grimpent à quatre pattes, glissent, s'allongent, contemplent l'horizon doré. Yanis, coiffé de son turban bleu, sourit face au soleil couchant :
Assise sur le sable chaud, Séverine Jéséquel ne cache pas son émotion. Les larmes montent aux yeux de l'éducatrice spécialisée :
« On a mis tellement d'énergie pour monter ce voyage… Mais ce que les jeunes nous renvoient ici, c'est un cadeau inestimable. Ils ont tous des parcours cabossés, des histoires singulières. Et là, ils vivent l'aventure à fond. Ils se découvrent des forces qu'ils ne soupçonnaient pas, et nous découvrons aussi d'autres facettes de nous-mêmes à leurs côtés. On assiste à des conversations sincères, à des moments de partage d'une grande pureté. Les voir monter ces dunes ensemble, s'entraider, s'écouter… C'est tout le sens de notre présence auprès d'eux. »
Neuf résidents de l’Archipel de Massane ont vécu un baptême de l’air inoubliable avec l’aéro-club de Montpellier. Une belle aventure humaine en images !
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