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Ambiance festive et partagée au social club Le Hameau des Horizons à la Secret Place de Saint-Jean-de-Védas, réunissant résidents et équipes dans un moment de danse et de convivialité. IA Generated
À Montpellier et dans ses environs, les professionnels du secteur médico-social s'affranchissent des frontières habituelles pour porter un projet audacieux. En octobre prochain, la Secret Place — célèbre salle culturelle située sur la route de Sète, dans la ZAC de la Lauze à Saint-Jean-de-Védas — accueillera un événement hors norme. Baptisé « Le Hameau des Horizons », du nom de l'établissement de l'Adages moteur de l'initiative, ce rendez-vous redéfinit la manière de penser la rencontre, la citoyenneté et la vie partagée.
Ce projet prend la forme d'un « social club » éphémère, vivant et ouvert à tous.
Dans le paysage médico-social, les murs physiques redoublent trop souvent de barrières invisibles. Pour faire bouger les lignes, treize structures du département unissent leurs forces dans une alliance territoriale d'envergure. Des EAM, des MAS, des ESAT, des EHPAD, aux côtés d'acteurs associatifs engagés comme l'Adages, l'Unapei 34, la Clinique RECH et l'APEAI Ouest Hérault, font le pari audacieux de sortir de leurs silos respectifs.
Sortir des logiques de murs, ce n’est pas seulement ouvrir une porte, c’est réapprendre à faire communauté sur un territoire partagé.
Côté organisation, la rigueur le dispute à l'attention portée aux détails. L'aménagement du site a été pensé pour répondre aux réalités sensorielles de chacun :
Ici, la technique n'est pas une fin en soi ; elle sert un seul objectif : garantir à chaque participant un accès égal au plaisir d'être ensemble.
Dès les premiers mois de préparation, les personnes accompagnées ont posé une règle d'airain : refuser catégoriquement de segmenter le groupe par pathologie ou par type de handicap. Pas de chapelles, pas de frontières entre les établissements. L'ambition partagée est de valoriser le côtoiement direct des singularités.
De la sélection de la programmation musicale à la validation de la logistique en passant par l'accueil du public, ce sont les résidents eux-mêmes qui pilotent le projet.
Cette appropriation totale redéfinit le rapport aux choix. Décider de la programmation d'un lieu culturel, c'est affirmer haut et fort son existence et sa capacité à peser sur la vie de la cité. Les équipes le constatent au quotidien : lorsque l'autonomie de décision est réelle, l'engagement ne connaît aucune faille.
Pour le projet « Hameau des Horizons », on pose les vrais sujets sur la table. Pas de grands discours, mais des discussions directes entre résidents, professionnels et partenaires du territoire pour parler de ce qui fait la vie de tous les jours. Comment se déplace-t-on ici ? Les bus sont-ils adaptés ? Les trottoirs permettent-ils à chacun de circuler librement ?
Pendant ces temps d'échange, chacun s'exprime avec sa réalité. Les résidents racontent leurs déplacements, pointent ce qui bloque sur le terrain et partagent des solutions pratiques. C'est cette confrontation directe avec le quotidien, menée d'égal à égal, qui donne toute sa force au projet et fait bouger les lignes.
Trop souvent, les politiques publiques destinées aux personnes vulnérables sont pensées pour elles, mais sans elles. Leurs parcours se décident ailleurs, là où leur voix pèse trop peu, les réduisant à une posture de spectateurs passifs.
Ici, la perspective est inversée : la convivialité devient un vecteur politique de dignité. Partager un moment festif dans un lieu culturel grand public, c'est signifier que chacun a sa place entière dans la cité, sans conditions ni réserves.
Quand le climat est sécurisant et ouvert, la parole se libère avec une fluidité remarquable. Les résidents expriment leurs aspirations de vie avec une clarté désarmante.
Ce n'est pas un simple divertissement de fin d'année, c'est un acte de reconnaissance mutuelle. Chacun redevient l'auteur de sa propre trajectoire.
Pour les professionnels de l'Adages, cet événement bouscule en profondeur la posture professionnelle. Accompagner au quotidien ne consiste plus à endosser le costume d'un expert omniscient qui sait ce qui est bon pour l'autre, ni celui d'un simple exécutant technique. C'est devenir un facilitateur discret, un garant de l'élan individuel et collectif.
Pour les équipes, cela demande un véritable travail d'introspection : accepter le risque de la surprise, le droit à l'erreur et l'imprévisible inhérent à toute démarche authentiquement portée par les usagers. Voir les résidents négocier, argumenter et porter leurs messages devant des interlocuteurs est la plus belle des récompenses professionnelles. C'est le rappel vivant que le cœur de notre métier réside dans l'émancipation, et non dans la protection excessive.
La portée de cette initiative dépasse largement le cadre d'une soirée réussie en octobre. Elle interroge nos pratiques quotidiennes et nous pousse à évoluer. Comment généraliser cette co-construction dans tous nos services et établissements ?
La réponse passe par une écoute active permanente et une volonté inébranlable de bousculer nos habitudes. Il s'agit d'abandonner les certitudes pour faire de la place à l'inventivité du terrain. En conjuguant la fête, l'exigence d'accessibilité et la force du collectif, nos équipes ouvrent une voie stimulante. Une boussole précieuse pour faire reculer les barrières et grandir la liberté de choix.
Rendez-vous en octobre prochain à la Secret Place de Saint-Jean-de-Védas pour voir le handicap s'effacer derrière la force d'une citoyenneté pleinement vécue.
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